Tous les jours des bouts de la côte se font gruger par la mer. Au Québec, les berges de plusieurs cours d'eau présentent des phénomènes de dégradation accélérée. Certains évènements majeurs peuvent faire progresser l'érosion encore plus vite. Sur les rives du Saint-Laurent, on se souvient de l'épisode des grandes marées d'automne de décembre 2010 survenues dans le Bas-du-Fleuve, la Gaspésie et la Côte-Nord.
La géologie des côtes est caractérisée à certains endroits par une forte proportion de dépôts meubles friables, qui peuvent s'éroder facilement. Par le fait même, les risques d'éboulements et de glissements de terrain s'avèrent importants. Le phénomène d'érosion côtière est accentué par les changements climatiques : hausse du niveau de la mer, changements de fréquence des pluies et des tempêtes hivernales, augmentation des redoux et des cycles de gel-dégel, disparition des glaces de mer et des glaces de rivage... Ces aspects ont été détaillés dans la chronique précédente. Mais d'autres facteurs entrent en compte dans ce processus.
L'action de l'humain est prédominante dans cette accélération de l'érosion. L'aménagement des côtes a ainsi accentué l'érosion. Depuis les années 1970, des méthodes de protection des berges ont été utilisées pour préserver les habitations, les infrastructures et les zones industrielles. Mais, 80 % des plages devant ces structures de protection ont subi de graves dommages ou ont disparu. Ces plages étaient pourtant essentielles à la protection des rivages, car elles servent de tampon qui absorbe une partie de l'énergie des vagues. Lorsque les mesures de protection sont mal adaptées, elles engendrent des répercussions environnementales négatives. Les modifications du courant liées aux activités hydroélectriques, le déboisement des berges, les infrastructures côtières et les égouts pluviaux municipaux sont aussi susceptibles d'accentuer l'érosion des berges.
L'érosion a des conséquences sur le bien-être et la santé humaine. Elle entraîne des coûts importants pour les infrastructures. Sur le plan social, le risque constant de perdre sa maison, son entreprise, est susceptible d'entraîner de l'anxiété et de la frustration. La sécurité publique peut également devenir un enjeu, lorsque l'érosion ou la submersion menacent les infrastructures essentielles, comme les routes ou les hôpitaux... L'érosion détruit aussi des habitats naturels pour les animaux et les plantes.
Les populations dépendent étroitement de la zone côtière pour leur bien-être et leur sécurité économique et sociale. Les principales industries, dont le tourisme, la pêche, sont à la merci des infrastructures et des ressources de la zone côtière. La capacité d'adaptation des populations est donc primordiale pour minimiser les impacts. Pour s'adapter, il vaut mieux opter pour une approche préventive à long terme, basée sur des stratégies et des méthodes minimisant les impacts néfastes sur l'environnement. La gestion des zones côtières doit tenir compte à la fois des facteurs naturels, comme les changements climatiques et des actions humaines qui perturbent la dynamique des systèmes côtiers. Le zonage, c'est-à-dire le retrait préventif des infrastructures et des bâtiments menacés à court ou moyen terme, fait partie des solutions très efficaces que pratiquaient nos grands-parents, mais qui ont été abandonnées avec l'arrivée des assurances et des compensations gouvernementales lors de sinistres. Il faut aussi éviter de construire trop près de la côte et prendre en compte les évolutions futures de celle-ci pour toute nouvelle construction. Certains travaux de protection peuvent s'avérer efficaces comme les recharges en sable des plages ou les épis protecteurs. Les mesures d'adaptation sont à bien évaluer, car elles n'ont pas toutes les mêmes impacts. Les habitants des zones côtières doivent s'y adapter pour protéger leur rivage et pour que la côte continue d'être un endroit si agréable à vivre et si joli!
Une chronique Mon climat, ma santé



