Une fois n'est pas coutume, le Blogue Mon climat, ma santé accueille aujourd'hui un blogueur invité : le docteur François Reeves, cardiologue d'intervention qui lutte contre la pollution atmosphérique. Il présente aujourd'hui son projet : la Journée de l'Arbre de la santé qui aura lieu le 26 septembre au Québec.
« Qu'ont en commun Sherbrooke, Montréal, Trois-Rivières et Laval ? Les réseaux de santé et les institutions médicales de ces quatre grandes villes vont célébrer la Journée de l'Arbre de la santé, synchrone avec la Journée nationale de l'arbre. La majuscule d'Arbre n'est pas un hasard, c'est un hommage. La médecine moderne reconnait l'importance du vert comme prémisse à l'hygiène et à la santé. La médecine entre dans l'ère environnementale et des Prescriptions vertes. Planter un arbre est une prise de conscience et un passage à l'acte de la préoccupation du clinicien face à la dégradation de l'environnement.
« Le médecin est dans son rôle quand il attire l'attention sur les conditions de vie susceptibles de détériorer la santé ». Hubert Reeves.
« Planter un arbre, c'est pelleter des nuages. » L'Arbre pellette à la tonne des nuages polluants et nous en débarrasse. Tels les attrapeurs de rêves de nos Premières Nations, qui éliminent nos cauchemars sous l'action du soleil, les arbres sont les Dream Catchers des nuages noirs polluants. L'Arbre protège des polluants en les métabolisant dans sa canopée.
La pollution arrive par nuages noirs d'aussi loin que les états voisins, issus des centrales au charbon, du chauffage et du transport à combustible fossile. En taux de pollution au centre-ville de Montréal, moins d'une journée sur trois est « bonne » et les mauvaises journées sont en hausse selon le Réseau de surveillance de la qualité de l'air. Boston vient de réaliser qu'il y a hausse de 35 % des AVC lorsque ses journées passent de «bonnes» à «passables».
David Nowak, de la ESDA Forest Service, parle de biotechnologie pour décrire le boisement urbain (Urban forestry) et ses capacités à améliorer et dépolluer l'eau, l'air, le sol, à tamponner les chocs climatiques. L'Arbre tempère le milieu et réduit les ilots de chaleur urbains, secteurs mortels lors des canicules qui sont en hausse. La canicule de 2003 a tué 70 000 Européens, mortalité à 75 % de complications cardiaques et concentrée en milieu urbain minéral. Depuis, on plante des arbres. L'Arbre coupe les consommations énergétiques en chauffage et climatisation par millions de « Négawatts ». Il protège de la brutalité des vents, entre autre pour les mères emmenant leurs poupons en février à une garderie dévégétalisée et minéralisée.
Un boisé est un filtre à air bio qui capte par le feuillage les particules polluantes émises par les combustibles fossiles. Par absorption et dégradation enzymatique, les arbres transforment ces gaz et particules fines en composés inoffensifs ou les séquestrent dans la structure de l'arbre 1. L'Arbre capte et métabolise les HAP et NO2 émis par les tuyaux d'échappement 2. Ces polluants sont en lien avec le taux de cancer du sein plus élevé des femmes habitant près des voies routières polluées 3. À New York, on découvre deux fois plus d'obésité chez les enfants dont les mères ont été exposées à de hauts taux d'HAP pendant leur grossesse 4. L'Arbre capte et métabolise les particules fines des combustibles fossiles, lesquelles sont responsables au Canada de 20 000 morts excédentaires, dont 5 à 11 000 décès cardiaques et 30 à 60 000 hospitalisations cardiovasculaires au cout de 9 milliards de dollars 5. Mais les villes se déboisent encore.
L'Arbre crée un milieu agréable qui incite à marcher, courir, pédaler. La trame verte et bleue du Parc-Nature de l'Ile-de-la-Visitation est non seulement un refuge de biodiversité, c'est aussi un quartier où on observe plus de déplacements actifs et d'activité physique. En ski de fond, un sous-bois permet de tolérer un « moins 25 » insupportable au milieu d'un champ balayé par le vent. Lors de canicules, une canopée permet de s'exercer, voire simplement se balader pour un retraité, ce qui serait à risque sur un asphalte brulant. Enfin, les quartiers pleins d'arbres sont plus recherchés et ont une plus haute valeur foncière. »



