Bravant les forts vents et les énormes vagues, la para-kayakiste Christine Gauthier a conquis son quatrième titre mondial de suite, jeudi dernier, aux Championnats du monde de para canoë-kayak, qui étaient présentés à Poznan, en Pologne.
L’athlète de Dorval, qui a devancé par plus de trois secondes sa plus proche poursuivante à l’épreuve de 200 m, mérite le titre d’Athlète Sportcom de la semaine du 21 mai 2012.
La quadruple championne mondiale, qui évolue dans la classe LTA, regroupant les athlètes qui peuvent utiliser leurs jambes, leur tronc et leurs bras de façon fonctionnelle, n’aurait jamais cru ce succès possible, en 2008, lorsqu’elle est pour la première fois montée dans un kayak. Pourtant, moins d’un an plus tard, elle mettait déjà la main sur une première victoire aux mondiaux.
«Quand je l’ai emporté en 2009, personne ne s’imaginait que je gagnerais. Quatre ans plus tard, je suis encore très surprise. Je n’aurais jamais anticipé tout ce qui est arrivé».
Tout ce qui est arrivé, c’est d’abord grâce à deux de ses amies, qui l’ont invitée à se joindre à elles, il y a quatre ans, pour une sortie sur l’eau en kayak de mer. «J’y suis allée et j’ai adoré».
Christine a évidemment répété l’expérience, et c’est Madeleine Hall, une des responsables du programme Canotage pour tous, au Club de Pointe-Claire, qui lui a demandé si elle voulait essayer la compétition.
«Le para canoë-kayak a complètement basculé ma vie, du bon côté», explique l’athlète de 42 ans.
Un bagage militaire toujours utile
Employée dans l’armée, Christine a toujours été active. « J’étais dans l’artillerie lourde. En partant, je devais être au sommet de ma forme », raconte celle qui en plus de ses manœuvres, passait trois autres heures par jour à soulever poids et haltères et à faire du vélo ou du ski de fond, selon la saison.
C’est lors d’exercices d’entraînement que sa vie a changé. « Pendant des manœuvres, il fallait sauter dans des tranchées de six pieds de creux. Quand je suis arrivée au fond, mes genoux ont dérobé », se souvient-elle.
La Québécoise a dû passer sous le bistouri huit fois pour la reconstruction de ses genoux. Sur ces huit tentatives, aucune n’a réussie. « Ça ne s’est pas vraiment bien passé. Ça a empiré mes blessures initiales », glisse celle qui a maintenant très peu de mobilité aux membres inférieurs.
C’était en 1995. Christine est restée inactive pendant environ 10 ans en raison de ses blessures, et par manque d’informations sur les possibilités sportives pour personnes ayant un handicap. Puis, elle s’est remise à bouger. « Des fois je me dis que si j’avais pu faire ça il y a 10 ans, je n’image pas les résultats que je pourrais obtenir maintenant. J’essaie toutefois de ne pas m’arrêter à ça et de voir le positif de la situation actuelle. »
Son bagage militaire lui sert également à tous les jours sur l’eau. «Je pense que c’est la principale raison de mon succès. Il n’y a aucune autre raison qui explique pourquoi en si peu de temps j’ai été capable d’obtenir de si bons résultats. Je n’avais jamais pagayé de ma vie », fait remarquer Christine qui tolère également bien la pression. « Je ne suis jamais énervée en compétition. Ce n’est vraiment pas stressant pour moi, je suis très calme».
Le rêve paralympique
Après s’être passée du sport pendant une dizaine d’années, Christine Gauthier n’arrête plus maintenant. « C’est sûr que si j’avais le choix, je reviendrais comme j’étais avant l’accident, mais selon ma condition, le sport a complètement changé ma vie».
En plus du kayak, elle a essayé le hockey sur luge et est devenue une adepte de cette discipline. La Dorvaloise a également été approchée par l’équipe nationale de ski para-nordique, ce qui pourrait la mener sur la ligne de départ aux Jeux paralympiques de Sotchi, en 2014. « C’est une possibilité si je m’entraîne un peu, mais je ne suis pas certaine de m’engager. Le ski l’hiver est un bon complément pour le kayak. Il faudrait probablement que je fasse un choix », explique l’athlète qui précise qu’elle préfère l’été. « J’haïs l’hiver. Aller à Canmore six mois par année où s’entraîne l’équipe nationale, non merci! »
La kayakiste a également été tentée par l’aviron, et s’est presque qualifiée pour les Jeux de Londres. « Je n’ai pas trouvé de partenaire homme dans ma classe assez fort pour ma catégorie en double mixte », souligne-t-elle.
Le para canoë-kayak sera une discipline aux Jeux paralympiques de Rio de Janeiro, en 2016. Elle aurait alors 46 ans. « J’ai de la difficulté à y croire chaque saison », affirme l’athlète, qui demeure réaliste, mais rêve d’y participer. Elle voit aussi la relève arriver! « Les jeunes poussent. Soit je reste où je suis ou je descends. Je ne peux pas aller ailleurs. La compétition est de plus en plus rude et c’est inévitable que des plus jeunes vont essayer cette discipline, maintenant qu’elle fait partie du programme paralympique. »
Si l’été n’est pas encore arrivé au Québec, la saison de Christine est déjà bien entamée. Après avoir participé aux Championnats panaméricains puis aux mondiaux, il ne lui reste qu’une régate internationale à l’agenda. Elle se déroulera au début du mois de juillet, à Lake Placid.
Émilie Bouchard Labonté et Éric Gaudette-Brodeur, Sportcom





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