Il y a deux ans, à l’occasion du 400e anniversaire de Québec, on avait fait revivre Champlain devant une quarantaine de religieuses de la Maison-Mère des sœurs de Sainte-Anne. Et voilà qu’en ce même lieu, le 13 mai dernier, on a pris prétexte de l’éminente canonisation du frère André pour «réanimer» celui-ci devant la même galerie de religieuses.
La personne l’incarnant n’ayant ni sa taille ni sa physionomie, les sœurs n’ont pas manqué de le lui faire remarquer. «Qu’à cela ne tienne, je m’y connais en miracles», a répliqué ce frère André d’un seul après-midi. Éclat de rire général. C’est dire comment l’auditoire est entré dans le jeu. À tel point qu’à la fin, Josée Major, animatrice à l’imagination fertile, a rappelé que, pour bien des religieuses, une activité aussi festive vaut bien cent pilules et petites granules.
Un milieu modeste
Et le frère André de rappeler aux religieuses que leur fondatrice était née en 1809, troisième d’une famille de douze rejetons, et que lui-même était le neuvième d’une famille en comptant treize. «Je suis né en 1845, alors que votre fondatrice avait 36 ans, et comme elle est décédée en 1890, c’est dire que, pendant 45 ans, le même soleil nous a réchauffés. Et que nous avons tous deux ressenti la même douleur devant la grande misère du peuple.» «Tout comme Mère Marie-Anne, je suis issu d’un milieu modeste. Mais si à l’âge très avancé de 20 ans, la jeune Esther Blondin a au moins pu apprendre à lire et à écrire, je n’ai pas eu cette chance, du fait que je suis devenu très jeune orphelin. Alors que je n’avais que 10 ans, mon père est mort d’un accident de forêt. Deux ans plus tard, c’est ma mère qui succombait, emportée par la tuberculose. C’était en 1855 et en 1857, des années également traumatisantes pour votre fondatrice puisqu’elle a dû subir les humiliations d’un certain abbé Maréchal.»
Des bâtisseurs
Mais notre frère André d’occasion n’a pas voulu terminer sur une triste note: «Les épreuves et les expériences de nos vies respectives nous ont permis d’être des bâtisseurs. Ma compassion pour les pauvres et les malades a fait en sorte que soit érigé ce merveilleux lieu de pèlerinage qu’est devenu l’Oratoire Saint-Joseph. Et ce qui a motivé le plus votre fondatrice, c’est comment le manque d’instruction des Canadiens-français les maintenait dans une pauvreté extrême. C’est pour palier à ce problème qu’elle a fondé la congrégation de religieuses enseignantes dont vous êtes les dignes représentantes cet après-midi.»
Une surprise attendait le frère André. Sont alors arrivées quatre préposées, l’une en béquilles, les trois autres avec bandages au front, à un bras, à une jambe. Elles ont toutes les quatre supplié le futur saint de les guérir pour qu’elles puissent retourner au plus tôt soigner les sœurs malades.
Le frère André s’est exécuté. Dans un grand éclat de rire général, les préposées se sont dites miraculées. Josée Major a raison: le rire est thérapeutique.
Claude G. Charron, collaboration spéciale





