Papa Amadou Touré a suivi de nombreux tracés au cours de sa vie. D’abord, un parcours d’études en chirurgie, dans son pays natal, le Sénégal. Puis, un chemin menant au Québec, où il a effectué un stage au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM). En dépit d’une excellente évaluation, sa demande de résidence en neurochirurgie n’a pas abouti. C’est là que Papa Amadou a commencé à pédaler… dans tous les sens du terme.
Confronté, comme tant d’autres nouveaux arrivants, à un système de reconnaissance des compétences souvent kafkaïen, le voilà contraint de changer de voie et à occuper toutes sortes de fonctions, y compris celle de livreur de courrier à vélo.
Le mot est lâché. Car c’est bien le deux-roues qui va lui offrir de nouvelles perspectives et ouvrir des voies. Aujourd’hui directeur général de l’organisme sans but lucratif Caravane, il a échafaudé de toutes pièces une pléiade de programmes, afin de permettre aux nouveaux arrivants de se mettre en selle, grâce aux bicylettes.
«Le constat est simple: les nouveaux arrivants ne font pas de vélo. Souvent, pour eux, l’auto demeure le signe de la réussite. Notre objectif est de les inciter à faire du deux-roues, moyen de rencontre et d’intégration formidable, très différent des cours de francisation qui s’effectuent dans des salles fermées.»
M. Touré a ainsi mis sur pied un vélo-école, afin d’initier les immigrants n’ayant jamais touché un guidon de leur vie, ainsi que des sorties au gré des rues montréalaises pour découvrir autrement la ville d’accueil. Parallèlement, il récupère des vélos abandonnés pour les ressusciter et les proposer à prix cassés. «Le prix moyen d’un vélo sur le marché est de 150$. Avec notre projet, nous pouvons le proposer au même prix qu’une passe mensuelle de métro.»
Deux roues, quates ans, 45 pays
En marge de ces pierres posées pour faciliter le cheminement des nouveaux immigrants, un autre projet d’envergure est actuellement en cours de pavage: la traversée du continent africain à dos de vélo. Le projet prévoit faire passer la caravane par 45 pays différents et devrait s’étaler sur quatre années.
«Des cyclistes peuvent se joindre à nous sans avoir à nous accompagner tout le long du trajet. Par exemple, si vous souhaitez découvrir le Sénégal, vous pouvez simplement nous suivre le temps de la traversée de ce pays.»
La procession, qui devrait prendre son départ en janvier 2012, sera filmée et immortalisée. «Nous voulons entrer dans le continent, et mettre en valeur des modèles positifs et inspirants pour l’Afrique, afin de s’en inspirer et de fabriquer une colonne vertébrale plus solide.»
http://velocaravane.org/accueil
Papa Amadou Touré en trois questions
- Qui est votre modèle?
Je ne pense à personne en particulier…
- Quelle est votre plus grande réalisation?
Incontestablement, l’organisme Caravane, fondé il y a un peu plus d’un an et qui a déjà donné de très bons résultats.
- Si vous pouviez changer une chose dans le monde?
Le regard que l’on porte sur les autres, ainsi que celui que l’on porte sur soi-même.





