La pyramide des besoins élaborée par le psychologue Abraham Maslow, vous connaissez? Les besoins, comme être humain, auxquels nous devons répondre pour nous épanouir? Vers le sommet de la pyramide, il y a l’estime personnelle, l’amitié, l’amour. À la base, tout en bas, il y a les besoins physiologiques sans lesquels tout le reste est impossible: dormir, boire, manger. Directrice générale de la Maison d’Entraide Saint-Paul/Émard, Séverine Jacquart travaille afin que tout le monde puisse manger à sa faim, tous les jours. Vaste défi.
L’organisme situé dans le quartier Émard attaque le problème sur plusieurs fronts avec de nombreux services et activités: épicerie économique, cuisines collectives, ateliers de cuisine parents-enfants, cours réservés aux jeunes cuistots, etc.
Séverine Jacquart a pris les rênes de l’organisme il y a 18 mois. Elle arrivait d’un tout autre secteur. Comme tout le monde, elle savait bien qu’une partie de la population, même dans une société riche comme la nôtre, ne mange pas toujours à sa faim. Cette réalité connue, mais un peu lointaine est devenue son quotidien.
«J’ai été surprise de voir ce qu’il y avait derrière les statistiques, confie-t-elle. J’ai découvert l’individualité derrière les chiffres.»
Elle a fait la connaissance de ces gens qui doivent faire des choix déchirants: manger ou payer le loyer, manger seulement un repas par jour pour pouvoir régler la facture d’électricité.
«J’ai plongé. J’étais totalement novice», relate celle qui insiste sur l’importance d’agir et d’assurer une alimentation adéquate à l’ensemble de la population. «Car cela amène d’autres problématiques», constate-t-elle. Comment peut-on demander à un enfant de réussir à l’école quand il a le ventre vide?, donne-t-elle en exemple.
Faire la différence
Lutter contre l’insécurité alimentaire n’est pas un mince combat. «Parfois, il y a des moments de découragement, c’est sûr», avoue Séverine Jacquart. Un antidote à ce découragement: la qualité de l’équipe qui travaille à la Maison d’Entraide.
Et puis il y a ces moments lumineux où l’on sent qu’on fait la différence. Comme cette fois où, peu avant Noël, une femme référée par un organisme s’est présentée à la maison. «Elle n’avait rien à manger», se souvient Séverine Jacquart. «Je lui ai expliqué comment nous fonctionnons.» L’organisme ne fait pas de dépannage. Il encourage la prise en charge, notamment par le biais de l’épicerie économique où la personne ne paie que 30% de la facture. Les choses en sont restées là. La femme est repartie. «Mais elle est revenue deux jours plus tard. Elle a fait une épicerie et payé en effectuant des heures de bénévolat. Elle allait pouvoir fêter dignement», lance avec satisfaction la directrice, qui venait d’assister au début d’une belle démarche de reprise en mains. «Cette femme a amélioré elle-même sa situation. Nous avons été un vecteur pour l’aider.»
«C’est par des petits gestes que l’on fait avancer le monde», estime Séverine Jacquart, qui se dit «très fière du travail accompli par la Maison d’Entraide».
Séverine Jacquart en 3 questions
Qui est votre modèle?
«Jean-François Archambault, directeur général et fondateur de la Tablée des Chefs. Parce qu’il ne faut pas avoir peur de croire à des idées nouvelles, qui parfois peuvent paraître farfelues… Parce que c’est en travaillant ensemble que l’on peut faire reculer la faim.»
Quelle est votre plus grande réalisation?
«Développer des partenariats pour faire de la sécurité alimentaire un lien entre les organismes.»
Si vous pouviez changer une seule chose dans le monde?
«Que plus personne n’ait faim.»



