Premièrement, il y a beaucoup d'éléments positifs à retenir d'Idle No More, un mouvement né de la frustration créée par l'adoption du projet de loi C-45 qui modifie 64 lois, notamment la Loi sur les Indiens, celle sur la protection des eaux navigables et la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale. Outre le fait que les autochtones n'aient jamais été consultés sur les changements affectant leurs terres, d'autres éléments ont de quoi alarmer tous les Canadiens. Par exemple, sous cette loi, les gestionnaires de pipelines et de lignes à haute tension n'auront pas de comptes à rendre sur les impacts de leur équipement sur les voies navigables. Et cela ne touche pas que les autochtones.
Maintenant, la chef Spence… Il est important que vous sachiez que celle-ci (peu importe ce que vous en pensez) ne participe pas officiellement au mouvement Idle No More. Oui, elle en est devenue la vitrine publique, mais il ne faut pas confondre les deux.
Qu'elle soit une sainte pour certains ou une fumiste pour d'autres ne change rien au cœur du problème, qui demeure le droit aux Premières Nations à une vie digne et à l'autodétermination.
Bon, le rapport comptable sur Attawapiskat, maintenant. Selon vos convictions, vous y avez vu la preuve de fraudes évidentes ou une mise en scène orchestrée par le gouvernement Harper à quelques jours d'une rencontre finalement organisée entre le premier ministre et les autochtones. Encore une fois, les faits nous instruiront ici.
Le rapport a effectivement révélé de graves lacunes sur nombre de dépenses administratives (dont la plupart dataient d'avant l'arrivée de la chef Spence). Mais jusqu'à maintenant, il n'y a aucune preuve de fraudes ou de vols – pour l'instant. Avec 81% de dossiers comportant des documents manquants et 60% de dépenses non justifiées, il est grand temps de faire le ménage à Attawapiskat. Mais de là à généraliser et à affirmer que toutes les communautés autochtones sont mal gérées est abusif.
«Est-ce que Toronto devrait être mise sous tutelle? Cette ville affiche des déficits depuis des années», se demande Lorraine Land, une avocate spécialisée en droit des aborigènes. Elle poursuit en soutenant que «chaque fois qu'une première nation est mise sous tutelle, le niveau d'endettement de celle-ci est le même qu'avant l'imposition de la tutelle – ou pire encore. Une bonne indication qu'il ne s'agit pas là de problèmes administratifs; ce sont les ressources qui manquent pour gérer les programmes dont on a besoin.»
La gauche anti-conservatrice a choisi de ne pas réagir lorsque la chef Spence a expulsé d'Attawapiskat une équipe de la télévision, mais cette gauche hurle dès que M. Harper refuse de rencontrer les médias. Personne n'est au-dessus des critiques, même ceux que vous appuyez. -
La gauche anti-conservatrice a choisi de ne pas réagir lorsque la chef Spence a expulsé d'Attawapiskat une équipe de la télévision, mais cette gauche hurle dès que M. Harper refuse de rencontrer les médias. Personne n'est au-dessus des critiques, même ceux que vous appuyez.
«Vous ne pouvez dénoncer des conditions dignes du tiers monde, tout en agissant comme un dictateur du tiers monde», lisait-on récemment dans un éditorial du Globe and Mail. Et c'est bien vrai.
Mais si vous mettez de côté tout anecdotisme, Idle No More est l'occasion idéale d'entamer une véritable réflexion sur le sort de nos communautés autochtones et les stéréotypes racistes qui s'y rattachent. «Nous semblons avoir oublié que l'argent que reçoivent les Premières Nations représente une petite fraction de la valeur des ressources naturelles que nous tirons de leurs territoires», lit-on sur le site de Media Co-op de idle No More.
Et ici dans cette province, dont la devise est «Je me souviens», il est important de se souvenir de TOUTE l'histoire du Québec et non seulement des torts faits aux francophones. C'est l'occasion toute indiquée de réfléchir ensemble à des décisions touchant nos ressources, nos revenus et notre environnement et ce, de concert avec les Premières Nations en tant que partenaires à parts égales et non plus comme citoyens de seconde zone.




