«On reconnaît l’urgence et l’importance de reconstruire Turcot», a déclaré d’entrée de jeu le maire Gérald Tremblay. Mais pour lui, ce n’est pas une raison pour aller de l’avant avec le scénario présentement sur la table.
Au cœur de son propos: le projet dépasse la seule question du transport. «Il doit être géré comme un projet urbain intégré», a-t-il martelé. On ne peut faire fi des questions liées à l’environnement, à la qualité de vie des citoyens. L’importance de l’enjeu est telle pour Gérald Tremblay qu’il a lancé un pavé dans la marre en déclarant que «ce projet doit être révisé en mode conventionnel et non en mode partenariat public-privé», comme le prévoit le gouvernement. «En PPP, on se met une camisole de force», a-t-il soutenu. Le maire craint que le secteur privé ait comme priorité de réaliser le projet le plus simple possible au meilleur coût possible. La reconstruction de Turcot dépasse les simples considérations économiques, estime Gérald Tremblay, qui a tendu la main au MTQ. «La conception et le développement doit se faire dans un véritable partenariat régional», a-t-il dit. Un point de vue partagé par la chef désignée de Vision Montréal, Louise Harel, qui soutient que «Montréal doit exiger d’être partie prenante dans l’élaboration du nouveau projet».
Pour André Lavallée, responsable de l'aménagement urbain et du transport collectif au comité exécutif, la reconstruction de Turcot offre «une belle opportunité» de revoir la question de la circulation non seulement dans ce secteur, non seulement dans l’axe est-ouest, mais aussi dans l’axe nord-sud. À son avis, c’est le moment d’aborder le dossier du transport de manière globale. La suggestion de la Ville de mettre en place, à court terme, un réseau régional de voies réservées pour le transport collectif, s’inscrit dans cette volonté.
Par ailleurs, la Ville remet toujours en question la nécessité des expropriations. «On ne doit pas procéder à des expropriations si ce n’est pas essentiel», a insisté Gérald Tremblay. «Il faut reconnaître les secteurs environnants comme des milieux de vie», a soutenu André Lavallée. «Dans sept, neuf ans, quand on va avoir dépensé 1,5 milliard de dollars, est-ce que les quartiers vont en bénéficier ?», s’est-il demandé.
Vision Montréal invite aussi le MTQ à retourner à sa planche à dessin pour concevoir «une infrastructure routière qui réponde davantage aux impératifs de santé publique, de qualité de vie et d’environnement». «Ce n’est pas de l’obstruction ou du braquage, a lancé Louise Harel. Mais un mauvais projet demeure un mauvais projet.» Celle qui estime aussi qu’il ne doit pas être réalisé en mode PPP n’y retrouve «pas de vision claire et cohérente du transport en commun et de l’aménagement du territoire».
Rappelant que le projet est contraire à la vision du Plan de transport de la Ville de Montréal, Mme Harel a expliqué qu’il fallait saisir cette occasion pour réduire la dépendance à l’automobile en investissant dans les modes de transport collectif et actif. «Il n’y a pas un seul investissement en transport collectif sauf deux voies réservées», a-t-elle déploré. «S’il n’y a aucun investissement en transport collectif, on est cinquante ans en arrière.» «Il y a un gros, gros problème de conception de l’ouvrage. Il est conçu comme s’il était en plein champ», a-t-elle d’autre part affirmé, faisant référence aux expropriations.
Vision Montréal formule plusieurs recommandations: conserver en hauteur les structures à reconstruire pour éviter la démolition de 166 logements, réaliser en tunnel l’autoroute 720 entre l’échangeur Turcot et la sortie Guy, protéger et développer l’écoterritoire de la falaise Saint-Jacques en parc linéaire, financer le projet de tram-train de Lachine ainsi qu’un circuit d’autobus électriques le long de l’autoroute 20.
Commissaires scolaires à la Commission scolaire de Montréal, Benoit Dorais et Daniel Bélanger demandent à Québec de revoir le projet au complet. Ils ont dénoncé son manque de vision à long terme.
Dans le mémoire qu’ils ont déposé au BAPE, les commissaires s’interrogent sur le sort qui attend les élèves, leur famille et les milieux dans lesquels ils évoluent si le projet va de l’avant tel qu’il a été proposé. «Dans le secteur Galt, l’école Marie-de-l’Incarnation se bat pour sa survie depuis des années, a indiqué Daniel Bélanger. Un tel chantier, ajouté au fait que l’on rabaisserait au sol les structures, pourrait mettre en péril son existence à très court terme.»
Rappelant qu’il y a un problème de logements abordables pour les familles du Sud-Ouest, les commissaires demandent au MTQ de trouver une alternative à la démolition envisagée de plusieurs immeubles résidentiels.




