La colère des rats de bibliothèque

Toula Foscolos
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Au cours d’un récent voyage à New York, j’ai entrepris le pèlerinage que tout rat de bibliothèque rêve d’accomplir : soit de participer à un tour guidé de la bibliothèque publique de New York, la New York Public Library (NYPL).

Située au coin de la 5e Avenue et de la 42e Rue, cet icône fait partie du paysage de la Big Apple depuis 1911. C’est la deuxième plus importante bibliothèque des États-Unis, après celle du Congrès. Elle abrite près de 53 millions de livres et de manuscrits, dont une bible de Gutenberg.

L’édifice en soi est une merveille architecturale. On pourrait facilement l'admirer pendant des heures. Les connaissances humaines contenues en ses murs m’ont laissée bouche bée. Cette bibliothèque possède 128 kilomètres d’espace de rangement! Sa salle de lecture a la superficie d’un terrain de football. Le poète Jorge Luis Borges a déjà écrit : «J’ai toujours imaginé que le paradis serait une sorte de bibliothèque». Je crois bien qu’il parlait de celle-ci.

J’aime les livres. J’aime les toucher, j’aime leur odeur. J’aime surtout les voyages où ils m’emmènent lorsque je les lis. J’ai obtenu ma première carte de membre d’une bibliothèque à sept ans et cela a changé ma vie. Il n’y a pas de doute que mes choix littéraires ont façonné la personne que je suis aujourd’hui.

Mais ce qui est vraiment important dans tout ça, c'est le côté public de ces bibliothèques. Les bibliothèques publiques, comme celle de New York, offrent leurs services et leurs collections tout à fait gratuitement à la population et constituent de ce fait l’un des éléments les plus démocratiques de notre société. L’accès à l’information est la pierre angulaire de la démocratie et ne devrait jamais être menacé ou tenu pour acquis.

C’est la raison pour laquelle je fus si désolée d’apprendre de la bouche du guide que les compressions budgétaires frappaient de plein fouet la NYPL en terme d’acquisition de livres et de réduction d’heures de fréquentation. Avec les réservations de livres désormais possible par internet, Dieu sait ce qui attend les bibliothèques. L’arrivée des nouvelles technologies donne l’impression que les bibliothèques sont de plus en plus inabordables et inutiles, surtout depuis la numérisation des livres; mais ces technologies ont leur limite.

J’aime les livres. J’aime les toucher, j’aime leur odeur. J’aime surtout les voyages où ils m’emmènent lorsque je les lis.

Un récent rapport de l’American Library Association (ALA) stipule que plus de 65% des bibliothèques publiques estiment qu’elles représentent le seul accès gratuit et public à internet pour les membres de leur communauté.

Ici aussi au Canada, les compressions budgétaires ont frappé ces institutions. Combien d’entre vous se souviennent du débat houleux qu’avait engendré le maire de Toronto, Rob Ford, au sujet des compressions à la bibliothèque publique de Toronto? Même l’auteure Margaret Atwood avait réclamé que le public se lève et se batte pour ses droits.

Récemment, le gouvernement Harper a également annoncé des compressions draconiennes du côté des archives nationales et ce, malgré le fait que le «Programme national de statistiques de base des bibliothèques» ait rapporté que les bibliothèques publiques desservaient 93% de la population canadienne.

Mais les compressions frapperont inévitablement, et même si les bibliothèques permettent à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter des livres d’y avoir accès, elles demeurent en queue de liste des priorités gouvernementales.

C’est à nous de reprendre le combat et de démontrer notre appui au réseau public des bibliothèques parce qu’en fin de compte, ce qui sera perdu si les bibliothèques sont réduites à néant est incommensurable.

 

Organisations: American Library Association, New York Public Library

Lieux géographiques: États-Unis, Gutenberg, New York Toronto Canada

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